• Elégie

     

    Elegie

     

     

    Je ne vous parlerai que lorsqu'en l'eau profonde,

    Votre visage pur se sera reflété,

    Et lorsque la fraîcheur fugitive de l'onde,

    Vous aura dit le peu que dure la beauté.

     

    Il faudra que vos mains pour en être odorantes,

    Aient cueilli le bouquet des heures, et tout bas,

    Qu'en ayant respiré les âmes différentes,

    Vous soupiriez encore mais ne souriez pas.

     

    Il faudra que le bruit des divines abeilles,

    Qui volent dans l'air tièdes et pèsent sur les feuilles,

    Aient longuement vibré au fond de vos oreilles,

    Son rustique murmure et sa chaude rumeur.

     

    Je ne vous parlerai que quand l'odeur des roses,

    Fera frémir un peu votre bras sur le mien,

    Et lorsque la douceur qu'épand le soir des choses,

    Sera entrée en vous avec l'ombre qui vient.

     

    Et vous ne saurez plus, tant l'heure sera tendre

    Des baumes de la nuit et des senteurs du soir,

    Si c'est le vent qui rôde ou la feuille qui tremble,

    Ma voix ou votre voix ou la voix de l'Amour.

     

    Henri de Régnier

    ( 1864 - 1936 )

     

     

    Elégie

     

     

    Le discret et sensible Henri de Régnier est un poète, conteur et écrivain français, dont l’œuvre reflète l’héritage symbolique.

    Influencé par Leconte de Lisle, Stéphane Mallarmé,

    par José Maria de Heredia

    (dont il deviendra le gendre en épousant sa fille Marie le 15 octobre 1895)

    il adopte par la suite un art poétique très personnel.

     

    Sa poésie explore les thèmes naturels à travers lesquels il se confie et dévoile sa mélancolie,

    Ses poèmes ont un ton musical unique.

     

    Il fréquentait les auteurs et les artistes du temps,

    d’Oscar Wilde à Anna de Noailles, Proust, Jacques-Emile Blanche,

    et avait pour amis André Gide, Claude Debussy ou Pierre Louÿs.

     

    ( Justement, c’est en même temps que Pierre Louÿs qu’il tombe amoureux de Marie ...,

    il deviendra son époux (malheureux) et Marie deviendra la maîtresse de Pierre Louÿs... )

     

    En 1911, il est élu à l’Académie française.

     

     

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