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    Les Vers se mettent au Vert et moi aussi

     

     

    Cette expression nous vient du XIXème siècle, mais déjà dès le XVIème siècle le " vert " désigne les prés,

    la campagne, la nature qui, pour les citadins (mais certainement pas pour les paysans de l'époque)

    était un endroit où il faisait bon se reposer, s'éloigner des soucis de la vie de tous les jours.


    Par extension, le "vert" a aussi désigné un endroit lointain ou discret permettant de s'éloigner,

    pour quelque raison que ce soit, d'une situation désagréable voire dangereuse.

     

      " Se mettre au vert " peut également signifier s'éloigner de problèmes potentiels afin d'oublier

    ou de se faire oublier, au moins pendant quelques temps.

     

     

    *

     

    Faudrait que je me mette au vert
    Ma palette y est allergique
    Cette couleur écologique
    Offre certes des tons divers
    Mais tous me donnent la colique
    Vert fade de mur de clinique
    Vert maladie, vert solitaire
    Vert des chromos où la colchique
    Sous des pinceaux automatiques
    Le dispute à la primevère
    Plus glauques qu’un plein Atlantique
    A dessaler toutes les criques
    A foutre la mer à l’envers
    Vert dogme de la diététique
    Des régimes anorexiques...
    Bon: je m’y mettrai cet hiver. 

     

     *

     

    Moi j’ai voulu me mettre au vert
    Mais ma palette se récriait :
    Quand bleus et jaunes s’y mêlaient
    J’avais l’estomac à l’envers.
    Pourtant le vert de Castillon,
    Vert émeraude si profond,
    Les verts mobiles sur les rochers
    De notre Méditerranée,
    Verts des sous-bois de l’Estérel,
    Roches rouges et lumière de miel,
    Vert blanchi des grands peupliers
    Et argenté des oliviers,
    Quel défi de les inventer,
    D’en jeter la diversité,
    Les ombres et la densité !
    J’ai commencé à essayer…
    Et comme je ne suis pas Monet
    Ni Fragonard ni Delaunay
    Quand je prétends peindre un pré vert
    Je pense au regard de Prévert
    Et je peins avec l’innocence
    Du cancre qui peint avec le cœur.

     

    *

     

    Il y a le vert du cerfeuil
    Et il y a le ver de terre
    Il y a l’endroit et l’envers
    L’amoureux qui écrit en vers
    Le verre d’eau plein de lumière,
    La fine pantoufle de vair
    Et il y moi, tête en l’air,
    Qui dit toujours tout de travers.

    Maurice Carême, Le Mât de cocagne

     

     

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